Comment se vit le quotidien dans les quartiers poussant sur les cendres des promesses du capitalisme industriel, dans la zone polluée de la ville indienne de Bhopal, qui fut le théâtre du pire accident industriel de l'Histoire dans la nuit du 3 au 4 décembre 1984 ? Lire la suite
Alors que le statut de victime du désastre est pluriel et complexe, les combats quotidiens relatés dans ce livre portent sur la sphère du travail, dans laquelle les habitants, reconnus ou non comme victimes, jouent tant leur survie économique que leur valorisation comme sujets. Le livre propose alors de penser l'articulation entre désastre industriel et rapport de classe. La contamination chimique affaiblit les corps au travail autant que la pauvreté est un facteur déterminant dans l’exposition à la toxicité.
Nous suivons le quotidien de jeunes ouvriers musulmans bhopalis, dans les ateliers de la vieille ville mais aussi sur les chantiers de construction, où ils se lient avec des ouvriers issus d’autres horizons, notamment des hindous ruraux. Au travers de leur histoire, le livre analyse les « règles du métier », le processus permettant de s’y valoriser. Il propose alors de penser la classe sous l’angle de la culture du travail, dans un contexte où les ouvriers sont morcelés en une myriade de statuts et de rapports de production (salariat, travail indépendant, petite propriété terrienne…). En articulant cette compréhension de la classe par le métier avec les processus de marginalisation croisée caractéristiques de l’Inde néolibérale qui s’appuient sur le genre, la caste ou l’appartenance religieuse, le livre offre des clés inédites pour penser la condition ouvrière dans la globalisation contemporaine.
Remerciements
Introduction
Note réflexive. La subjectivation par le terrain
Chapitre I. Réparer les véhicules à l'ombre d'Union Carbide
Précarité de l'emploi et marginalisation urbaine dans un espace post-désastre
Vivre le désastre à travers la marginalisation de classe, de caste et de religion
(Dés)incarner la masculinité dans les basti
Une communauté de pratique marquée par la précarité de l'emploi
Les mini-clusters du métal
Une communauté de pratique relativement fermée
Le combat ordinaire : du parcours chaotique d'Ali
Un apprentissage précoce
Violence communautaire et changement de vie
Du sous-emploi à la détresse
Tactiques pour rebondir
Économie morale des relations de travail
Assistance, avance et engagement dans le travail
Une compétition empêchant les résistances collectives
L'idéal d'indépendance et ses limites
Vécu du désastre, expérience du travail et marginalisations croisées
Chapitre II. Aux marges de l'urbain : les bâtisseurs de ponts
Un système hybride, entre secteur formel et informel
Des travaux publics en partenariat public-privé
Mazduri et naukri sur le chantier
Intermédiation et droit du travail
Les camps de migrants : des espaces de discipline et de convivialité
Une famille de contremaîtres-recruteurs
Convivialité, subjectivation et fabrique des hiérarchies
Protections, dominations et résistances sur le chantier
Discipline et résistances du quotidien
Entre contrôle et confiance
Une figure ambiguë
Des chantiers aux villages : fragiles espoirs de mobilité
Hiérarchies mouvantes
Le village de Guruji
Une lente transformation des rapports de domination villageois
Un sentiment d'émancipation relative par l'expérience du travail en migration ?
Migration, expérience du travail et tentatives d'émancipation
Chapitre III. Valeur(s) du travail
Les règles du métier
Démontrer son savoir-faire dans les ateliers
Registres de preuve sur les chantiers
Valeur du savoir-faire et valeur du travail
La main et l'esprit
Ouvriers et ingénieurs
Techniques du corps et rapports de genre
Fabrique de la masculinité
Corps façonnés et corps détruits
Cultures du travail et reproduction du métier
Conclusion
Épilogue
Liste des figures
Bibliographie